Dobermann américain : pourquoi le Nord et le Sud sont si différents

Il suffit de parler quelques minutes avec des passionnés de Dobermann pour entendre revenir la même phrase : « J’aime le Dobermann puissant. Je ne veux pas de l’Américain trop fin. »

Mais de quel « Américain » parle-t-on ?

Car derrière ce seul mot se cachent des chiens issus d’histoires de sélection très différentes. Le Dobermann américain que le public européen connaît principalement par les expositions, les photographies et les réseaux sociaux est le plus souvent associé au Doberman Pinscher nord-américain, alors qu’il n’est pas représentatif de tout ce qui a été sélectionné sur le continent américain.

L’Amérique du Sud — et particulièrement l’Argentine et le Brésil — possède depuis des décennies sa propre culture du Dobermann, ses élevages historiques, ses compétitions, ses familles de chiens et ses échanges internationaux.

Et lorsqu’on observe ces chiens, une évidence apparaît : « Dobermann américain » n’est pas un type morphologique unique.

C’est une origine géographique beaucoup trop vaste pour expliquer à elle seule ce que l’on a devant les yeux.

Dobermann américain : différences entre les lignées nord-américaines et sud-américaines

Le Dobermann n’est pas devenu trois races

Il faut commencer par évacuer une idée fausse.

Il n’existe pas officiellement un Dobermann européen, un Dobermann sud-américain et un Doberman Pinscher nord-américain constituant trois races différentes.

Le Dobermann est né en Allemagne. Mais, au fil de son implantation internationale, différentes populations ont évolué sous des systèmes cynologiques, des standards, des reproducteurs et surtout des cultures de sélection différents.

En Amérique du Nord, notamment aux États-Unis, la race est connue officiellement sous le nom de Doberman Pinscher et relève de l’American Kennel Club.

En Argentine, le Dobermann Club Argentino travaille dans le cadre de la Federación Cinológica Argentina et de la FCI et utilise le standard FCI n°143 du Dobermann. Il ne s’agit donc pas d’un mystérieux « standard argentin » qui aurait créé une troisième variété de chien.

Ce sont les histoires de sélection qui ont divergé.

Et cette distinction est essentielle pour comprendre pourquoi l’expression Dobermann américain recouvre aujourd’hui des réalités aussi différentes.

Le Doberman Pinscher nord-américain : élégance, vitesse et raffinement

Le Doberman Pinscher nord-américain possède une image extrêmement reconnaissable.

Dans de nombreuses lignées contemporaines, particulièrement celles sélectionnées pour les expositions, on rencontre fréquemment des chiens très élégants, secs, hauts sur membres, avec une encolure raffinée, une tête relativement étroite et une silhouette donnant une impression générale de légèreté.

C’est généralement ce chien-là que le public européen imagine lorsqu’il parle du « Dobermann américain ».

Pourtant, le standard américain ne demande nullement un chien fragile.

Le standard officiel de l’American Kennel Club décrit le Doberman Pinscher comme un chien de taille moyenne, compact, musclé et puissant, construit pour l’endurance et la vitesse. L’élégance recherchée n’exclut donc ni la musculature, ni la substance, ni la puissance.

La finesse des lignes ne doit jamais être confondue avec la fragilité.

Il existe également d’importantes différences entre élevages nord-américains, et certains chiens possèdent beaucoup plus de substance que l’image stéréotypée que l’on associe aujourd’hui au Doberman Pinscher américain.

Parler du Dobermann américain comme s’il correspondait à un type unique constitue donc déjà une simplification.

Et puis il y a l’Amérique du Sud

C’est probablement ici que naît le plus grand malentendu.

Lorsqu’un Européen entend « lignées américaines », il pense spontanément aux États-Unis ou au Canada.

Très rarement à l’Argentine.

Encore moins au Brésil.

Pourtant, l’Amérique du Sud possède une véritable histoire du Dobermann, indispensable à connaître dès lors que l’on veut comprendre ce que peut réellement recouvrir l’expression Dobermann américain.

L’Argentine, en particulier, a développé au fil des générations une population dans laquelle on retrouve fréquemment une association particulièrement intéressante : élégance, athlétisme et substance.

Le standard utilisé par le Dobermann Club Argentino est sans ambiguïté. Le Dobermann y est décrit comme un chien fort et musclé dont la substance doit néanmoins laisser apparaître élégance et noblesse. La poitrine doit présenter une bonne largeur, un avant-poitrail développé et une profondeur approchant la moitié de la hauteur au garrot.

À l’inverse, le manque de substance, un chien trop léger, un chien trop lourd ou une ossature insuffisante s’éloignent de cet équilibre.

Tout est déjà là.

Ni léger. Ni lourd.
Puissant et élégant.

L’Argentine n’a pas simplement copié l’Europe

C’est là que l’histoire devient passionnante.

Adopter le même standard ne signifie pas produire exactement les mêmes chiens.

Une population canine est également façonnée par les reproducteurs utilisés, les importations, les exportations, les familles conservées, les choix des éleveurs et les qualités qu’ils décident de privilégier génération après génération.

L’Argentine a construit au fil du temps une véritable culture du Dobermann.

On retrouve ainsi, au fil de l’histoire de la sélection argentine, des affixes devenus importants tels que Akido San, Black Shadow, Baden Baden, Las Armonías ou Simbronazo, parmi d’autres.

Les archives du Dobermann Club Argentino témoignent également de cette continuité à travers ses compétitions et son Top Twenty, où différentes familles argentines apparaissent au fil des décennies.

Cette sélection n’a jamais évolué dans une bulle totalement fermée. Les échanges de reproducteurs et les influences internationales ont participé à son évolution, comme dans toutes les grandes populations cynophiles.

On parle donc d’une sélection construite sur plusieurs générations, et non de quelques chiens isolés apparus récemment.

Le Brésil : une autre histoire sud-américaine

Le Brésil mérite lui aussi sa place dans cette histoire.

Sa population de Dobermanns s’est développée avec ses propres élevages et ses propres familles, mais également grâce aux échanges entre pays d’Amérique du Sud et avec des lignées venues d’autres continents.

C’est précisément pourquoi parler simplement du Dobermann américain devient insuffisant dès que l’on commence à regarder les pedigrees.

Les frontières nationales n’apparaissent pas dans un génome.

Les chiens voyagent. Les reproducteurs sont importés. Les lignées se croisent. Et les caractères se recombinent.

Ce ne sont pas les étiquettes géographiques que l’on transmet.
Ce sont les caractères.

Puissance ne signifie pas masse

C’est probablement le point le plus important de toute cette discussion.

Depuis plusieurs années, une confusion s’est installée autour de la notion de puissance chez le Dobermann.

Une tête très large donne une impression de puissance. Une encolure énorme également. Une cage thoracique très volumineuse aussi.

Mais l’impression de masse n’est pas synonyme de puissance fonctionnelle.

Le standard FCI décrit un chien fort et musclé tout en exigeant élégance, agilité et fonctionnalité. Le mouvement doit rester libre, élastique et efficace. La construction du dos, des membres et des articulations participe directement à cette fonctionnalité.

Le Dobermann n’a jamais été conçu comme un molosse.

Sa puissance réside aussi dans son athlétisme, son explosivité, sa vitesse et sa capacité à accélérer, tourner, bondir et travailler.

Un chien peut donc posséder beaucoup de substance sans paraître lourd.

Et inversement, un chien peut donner une impression spectaculaire de masse sans pour autant représenter l’équilibre fonctionnel historiquement recherché dans la race.

Un Dobermann puissant n’est pas nécessairement un Dobermann massif.
Un Dobermann élégant n’est pas nécessairement un Dobermann léger.

Le Dobermann que beaucoup ont gardé en mémoire

Il existe d’ailleurs un paradoxe assez amusant.

Lorsque des personnes nous expliquent le Dobermann qu’elles rêvent d’avoir, elles décrivent souvent un chien qu’elles ont connu il y a trente ou quarante ans.

Un chien haut, athlétique, sec, puissant, élégant et spectaculaire.

Pour toute une génération, le cinéma et la télévision ont participé à fixer cette silhouette dans l’imaginaire collectif. Les Dobermanns apparus dans des séries emblématiques des années 1970 et 1980 ont contribué à rendre célèbre cette image : celle d’un chien impressionnant non parce qu’il ressemblait à un molosse, mais parce qu’il associait une extraordinaire élégance à une impression de puissance.

Les populations européennes de cette époque n’étaient d’ailleurs pas nécessairement celles que l’on rencontre aujourd’hui dans certaines orientations de sélection.

La race a évolué.

Les goûts des éleveurs également.

Et certaines lignées européennes contemporaines ont progressivement privilégié davantage de masse, de volume et de puissance visuelle.

Cela ne signifie évidemment pas que tous les Dobermanns européens sont devenus identiques, pas davantage que tous les Dobermanns nord-américains seraient fins ou tous les Argentins puissants.

Mais cela explique pourquoi les expressions « Dobermann européen » et « Dobermann américain » sont devenues beaucoup trop pauvres pour décrire précisément un chien.

Pour approfondir cette première distinction entre les grandes orientations de sélection, nous avons également consacré une page au Dobermann américain et argentin.

Pourquoi BARONERA a introduit des lignées sud-américaines

Notre objectif n’a jamais été de créer un autre Dobermann.

Il est presque inverse.

Nous avons voulu retrouver dans notre sélection deux qualités qui, pour nous, ont toujours été indissociables de cette race :

La puissance et l’élégance.

Au fil des décennies, certaines orientations européennes ont privilégié davantage de masse, de volume et de puissance visuelle. Poussée trop loin, cette recherche peut modifier l’équilibre général : silhouette plus lourde, perte de fluidité des lignes, construction moins athlétique et ligne de dessus moins harmonieuse.

Or le Dobermann qui nous a fait aimer cette race n’était pas un chien massif.

Il était puissant. Et ce n’est pas la même chose.

Il possédait de la substance et une véritable présence tout en conservant une silhouette sèche, athlétique et élégante.

C’est notamment pour retrouver cet équilibre que nous avons introduit dans notre programme certaines grandes lignées sud-américaines.

Non pour fabriquer un modèle artificiel de Dobermann américain.

Non plus pour créer artificiellement un type intermédiaire.

Mais pour rechercher, mariage après mariage, les caractères que nous souhaitions préserver ou retrouver : profondeur de poitrine, ossature sans lourdeur, athlétisme, élégance des lignes, puissance et fonctionnalité.

Il existe une signature BARONERA

Après plusieurs générations de sélection, il existe nécessairement une cohérence.

Nous la voyons dans nos chiens. Nos clients la voient. Et il arrive que des personnes qui ignorent totalement leur origine soient frappées par leur présence.

Cette signature ne correspond pourtant pas à une formule mathématique ni à un pourcentage fixe d’origines.

Les pedigrees BARONERA sont construits sur plusieurs générations. Selon les mariages, la proportion des différentes familles et origines peut varier considérablement.

Certains de nos pedigrees peuvent ainsi présenter 85 à 87 % d’ascendance sud-américaine et se rapprocher généalogiquement très fortement de lignées entièrement sud-américaines. D’autres associations conservent une présence européenne plus importante.

Cette précision compte notamment pour les passionnés qui recherchent un Dobermann américain très fortement issu de lignées sud-américaines : un Dobermann BARONERA peut en être extrêmement proche par son pedigree sans que notre sélection soit enfermée dans une règle de pourcentage.

Notre sélection ne consiste donc pas à produire systématiquement un chien « 50 % européen, 50 % sud-américain ».

Nous travaillons avec des lignées complémentaires et sélectionnons, génération après génération, les caractères que nous voulons conserver : puissance, élégance, athlétisme, construction, aptitude au travail et équilibre familial.

Chaque mariage est différent. Chaque pedigree possède son histoire. Et chaque chien reste un individu.

Ce qui demeure, c’est l’objectif de sélection.

Chez BARONERA, nous recherchons un Dobermann puissant mais athlétique, substantiel sans être lourd, élégant sans devenir fragile.

Nous recherchons également un chien fonctionnel.

Le Dobermann n’est pas uniquement une silhouette destinée à être regardée. C’est historiquement un chien d’utilité, de protection et de travail.

Cette dimension compte dans notre sélection.

Un BARONERA doit avoir des aptitudes au travail, mais également être capable de vivre en famille, proche de ses maîtres, disponible et équilibré.

La beauté seule ne nous suffit pas.

La puissance seule non plus.

Le travail seul encore moins.

Nous recherchons l’ensemble.

C’est la constance de cet objectif — bien davantage qu’une formule mathématique inscrite dans un pedigree — qui constitue progressivement la signature BARONERA.

Nous n’avons pas cherché à réinventer le Dobermann

C’est peut-être finalement la meilleure manière d’expliquer notre démarche.

Nous mélangeons des familles et des origines lorsque nous estimons leurs qualités complémentaires.

Nous ne cherchons pas à gagner une bataille imaginaire entre l’Europe et l’Amérique.

Et nous ne considérons certainement pas qu’un continent produirait de « bons » Dobermanns et un autre de « mauvais ».

Nous cherchons des chiens.

Des pedigrees.

Des caractères.

Des constructions.

Des tempéraments.

Et derrière chacun d’eux, ce qu’il peut apporter à la génération suivante.

Parce qu’au bout du compte, un pedigree n’est pas une collection de drapeaux.

C’est une histoire génétique.

Voilà pourquoi la question « Dobermann européen ou Dobermann américain ? » nous paraît aujourd’hui beaucoup moins intéressante que celle-ci :

quelles qualités ce chien possède-t-il, d’où viennent-elles et que peut-il transmettre ?

Le Dobermann n’est pas devenu trois races.

Il a suivi plusieurs histoires de sélection.

Et chez BARONERA, ces histoires se rencontrent avec un objectif qui, lui, n’a jamais changé :

Nous n’avons pas cherché à transformer le Dobermann.
Nous avons cherché à retrouver ce qui nous avait fait aimer le Dobermann.


Un chien puissant sans lourdeur.
Athlétique sans fragilité.
Élégant sans artifice.
Capable de travailler.
Capable de vivre.
Et immédiatement reconnaissable.

Puissance et élégance.
Pour nous, tout le Dobermann est déjà dans ces deux mots.